Le Val-Saint-Père · Baie du Mont-Saint-Michel · Manche
Laurent est pilote. Alors pour la séance d'après-mariage, on n'a pas cherché un beau décor : on est allés là où il vole.
Charlotte et Laurent se sont mariés le 18 juillet aux Châteaux de La Lucerne d'Outremer. Cinq semaines plus tard, ils ont remis leurs tenues pour une séance after-wedding — cette deuxième journée où l'on refait des images sans invités qui attendent, sans horaire de vin d'honneur, sans rien à tenir.
Le lieu n'était pas négociable, et c'est ce qui rend cette séance juste : Laurent est pilote et travaille dans l'aéronautique. Un aérodrome, pour lui, ce n'est pas un décor. C'est un endroit familier, avec ses odeurs, ses gestes et ses gens. Photographier quelqu'un chez lui donne toujours autre chose qu'une jolie carte postale.
Un aérodrome posé dans la baie
L'aérodrome d'Avranches – Le Val-Saint-Père a une particularité que peu de terrains partagent en France : il est installé sur les herbus, la zone submersible de la baie du Mont-Saint-Michel, à l'embouchure de la Sée. Ouvert en 1934, il est occupé par l'Aéroclub des grèves du Mont-Saint-Michel.
Concrètement, ça veut dire une piste bordée de moutons de pré-salé, un horizon parfaitement plat, et le Mont visible au loin quand le temps le permet. Ce jour-là le ciel était lourd et le parapluie n'était pas décoratif.
Ces moutons ne sont pas là par hasard et ils ne sont pas de la figuration : ils font partie du lieu, ils broutent les herbus toute l'année. Marcher jusqu'à l'avion, ce jour-là, c'était franchir des fossés et éviter les flaques en robe et en escarpins.
Le biplan, portes ouvertes
Un biplan jaune et bleu attendait sur l'herbe, capot ouvert au vent. Sous l'aile basse, Charlotte a fait tourner sa robe pendant que Laurent regardait — l'image d'ouverture de cet article a été faite quelques minutes plus tard, depuis le poste de pilotage : le tableau de bord au premier plan, eux deux derrière le pare-brise. C'est la place du pilote. C'est de là qu'il fallait les regarder.
Nous sommes restés au sol. Une séance d'après-mariage n'a pas besoin de décoller pour raconter l'aviation — il suffit d'être à l'endroit exact où elle se pratique.
Dans les hangars, là où les avions dorment
La pluie a fini par nous pousser à l'intérieur, et c'est souvent là que les séances basculent. Un hangar d'aéroclub, c'est un volume immense, du béton, des verrières, des voilures rangées les unes contre les autres — et une lumière qui n'entre que par les ouvertures. On y travaille au contraste, pas à la quantité.
Sur cette image, ils sont minuscules au fond du hangar, sous les ailes. C'est volontaire. Un couple perdu dans une machine plus grande que lui, ça dit mieux le métier de Laurent qu'un portrait serré.
Les portes vertes
Les hangars du terrain sont fermés par de grandes tôles vertes. Entrouvertes, elles laissent une fente de quelques centimètres. On s'en est servi comme d'un cadre : tout le mur, et eux deux dans la fente.
La dernière image dit assez bien ce qu'est une séance d'après-mariage. Les escarpins rouges du début de séance ont laissé la place à des baskets rouges, le ciel est en train de tourner à l'orage, et ils dansent quand même devant un hangar. Personne ne les attend. C'est tout l'intérêt.
Pourquoi l'after-wedding vaut le détour
Le jour du mariage, la séance de couple dure vingt minutes et se joue entre deux prises de parole. En after-wedding, on choisit la date, l'heure, le lieu — et surtout on prend le temps. On peut aller dans un endroit qui compte pour vous plutôt que dans un endroit qui se photographie bien.
Merci à Charlotte et Laurent d'avoir remis la robe et le costume, marché dans la boue, et dansé sous un ciel qui menaçait.